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Si jamais jusqu'ici il n'avait pas été clair pour tout le monde que Raphael souhaitait nous faire travailler sur les émotions, au moins maintenant il n'y a plus aucune ambiguïté... Que d'émotions en ce samedi matin !
D'abord, la traditionnelle séance de relaxation, nous sommes sur la plage, et respirons à fond, on est heureux, on a chaud, on profite du soleil. Puis un ordre tombe, abrupt : vous quittez votre plage et vous rendez en un lieu où vous avez connu des émotions fortes. Et ces émotions vous reviennent, surtout laissez les vous envahir. Déjà là ça commençait à monter sérieux.
Relaxation (heureusement !).Puis deuxième ordre. Imaginez que vous êtes attaché au plafond par une ficelle fixée au sommet de votre crane et que vous êtes attiré mais que vous résistez. D'abord, naifs, on le fait une fois tous ensemble. Mais croyions nous réellement que Raph allait nous laisser nous reposer ainsi sur nos lauriers ? j'en doute... Donc, la consigne suivante était, chacun son tour, de refaire le même exercice mais de donner un texte d'abord sous tension du même fil, puis de continuer quand il se relachait. Déjà c'est inouï de voir à quel point cette simple tension et ce relachement peuvent influer sur la façon de dire un texte. Et créer une réelle émotion. Et gare à l'hyperventilation, j'ai failli tomber dans les pommes ! (eh oui, même dans la vie je suis bien le boulet que je parais être sur le net)
Exercice suivant (tiens, pas de relaxation ? est ce voulu ? certainement...) : cloué au mur, une autre personne clouée au mur d'en face. Notre corps essaye de se détacher du mur, mais n'y parvient pas. Et tout en vivant cette tension physique et intense, nous devons donner notre texte, d'abord en chuchotant puis en montant petit à petit. Ca n'a l'air de rien comme ça, mais en réalité c'est épuisant. Et l'émotion monte encore d'un cran. C'est déchirant en fait.
Ordre suivant. Fermez les yeux, rendez vous de nouveau en ce lieu chargé d'émotions et quand vous sentez l'émotion vous envahir, donnez votre texte (nous avons réutilisé la chanson apprise la dernière fois pour l'exercice de la douche). D'abord tous ensemble. Alors qu'une émotion m'étreint, j'entends Katia à côté de moi qui sanglote. Oops. On atteint un autre niveau, celui où l'émotion des autres vous submerge. Bon, on arrête là, on va le faire maintenant un par un, Katia, tu veux commencer ?
Ok Katia commence. Et nous embarque avec elle dans un chagrin puissant et nostalgique. L'ambiance est plombée, mais c'est justement ce que Raph recherchait. Va falloir continuer. et faire face, et accepter de se laisser déborder. Thierry s'effondre, en larmes. Et je sens l'émotion qui monte, qui monte, c'est plus fort que moi, je ne supporte pas de voir souffrir les gens que j'aime. Pierrette vient nous détendre quelques instants en donnant une chanson de Piaf, sa voix tremble mais reste juste, wah, c'est magnifique. Allez, au tour de Thierry. Qui ne parvient pas à donner son texte tant son émotion est forte. il est prostré, en larmes, effondré. C'est fort, mes larmes coulent... ben forcément, c'est à mon tour. Je donne Vivant Poème en sanglots, puis chargée d'une émotion et d'une tension extrêmes, submergée à la fois par la douleur de Thierry et les souvenirs qu'évoquent pour moi cette chanson. C'est douloureux, j'en ai encore mal à la gorge. Mais quel beau travail, quels instants forts et merveilleux nous venons de vivre, quel apprentissage. Et quelle victoire le jour où nous parviendrons à nous servir de ces outils pour donner ces émotions sur scène, avec justesse et retenue.
Allez, nous avons bien mérité une petite pause, un café avec un morceau de Marzipanstollen. Juste ce qu'il nous fallait pour nous réconforter.
Nous continuons avec un exercice un peu plus léger, une impro : deux personnes se croisent, croient se reconnaitre mais n'osent pas le montrer. Les impros se succèdent, variations sur un même thème, on s'amuse, on se détend, on rit. Michel joue au farfadet, malicieux, facétieux. Une façade ?
Bien sûr ce n'est pas terminé. Raph pose une boite au mileu de la salle, remplie de cartons blancs. Ce sont des photos. Vous entrez dans une pièce, vous voyez ces photos, que faites vous. Et chacun de donner de nouveau de très belles émotions, Katia dans sa folie, Françoise dans son humour, Pierrette étonnante, Thierry ne veut plus se livrer, Michel entre dans la douleur. Je le suis et finis par sangloter à mon tour à la découverte de ces photos me révélant un terrible secret. Cette émotion qui nous tient depuis le départ ne veut plus nous lacher. Et une très bonne idée de katia : la prochaine fois nous reprendrons cette impro, mais au lieu de recommencer chaque fois, chacun devra réagir à ce qu'a fait la personne qui l'a précédé. J'ai hâte.
Il reste 10 mn. Raph pose cette fois une valise au milieu de la pièce. Ce sont les derniers effets d'une personne chère et disparue, et nous venons les chercher.
Avec la charge émotionnelle que nous avions tous accumulée au cours de la matinée, je préfère vous laisser imaginer par quoi nous sommes tous passés.
Et oui, l'indifférence de Michel n'était bien qu'une façade pour ne pas se livrer.
Et oui, le théâtre est une thérapie, une passion, quelque chose de merveilleux, émouvant et beau. |